Blog – Cardot Aurélien
L’envie d’apprendre
Ces soignants qui pansent aussi les âmes.
Chaque jour, les infirmiers sont les premiers témoins de la détresse psychologique des
patients. Face à la solitude, à la maladie et au mal-être, ils écoutent, soutiennent, parfois sans
avoir les outils pour faire face.
Dans les glaciaux couloirs de l’hôpital, Mélanie, infirmière depuis trois ans, termine sa tournée
matinale. Avant de quitter la chambre d’un patient, en rééducation après un AVC, elle perçoit
quelque chose d’inhabituel : un regard vide, une respiration lourde. « Ça va ce matin ? » demande-t
elle doucement. Après un silence, il laisse ces quelques mots s’échapper : « À quoi bon continuer… »
Comme Mélanie, des milliers d’infirmiers en France sont confrontés chaque jour à la détresse
psychologique des patients. Un aspect du métier souvent sous-estimé, pourtant omniprésent.
« Parfois, on est les seules personnes à qui ils parlent vraiment », Chloé, infirmière au service
d’hospitalisation.
Un rôle qui dépasse les soins.
Hospitalisation, maladies chroniques, solitude, précarité… Les raisons du mal-être des patients sont
multiples. Certains patients ne reçoivent jamais de visites et se laissent glisser lentement. Les
infirmiers sont souvent les premiers à repérer les signaux d’alerte : un patient qui se replie sur lui
même, qui refuse de s’alimenter, ou qui exprime un mal-être de façon détournée.
« Des petits gestes peuvent suffire : tenir une main, écouter sans presser », explique Mélanie.
L’isolement social est un problème récurrent. Pour cela, aucune solution concrète n’est proposée
aux patients. « Certains n’ont même plus envie de rentrer chez eux » appuie Antoine, également
infirmier. Les interactions avec le corps soignant étant souvent leurs seuls contacts sociaux.
Si les infirmiers jouent un rôle central dans la détection de la détresse psychologique, ils sont aussi
démunis face à elle. « Il n’y a aucune formation pour aborder tout ça. », souligne Hugo, infirmier aux
urgences. » On apprend sur le tas, mais on aime être à l’écoute des gens. C’est notre vocation «
Les services de psychiatrie sont saturés, les consultations chez un psychologue hors de portée pour
certains patients. » On peut soigner les corps, mais pas les esprits » regrette Emma.
Une charge mentale envahissante pour les infirmiers.
Être confronté quotidiennement à la souffrance psychologique des autres n’est pas sans impact sur
les soignants eux-mêmes. » Il y a un transfert émotionnel « , confie Hugo. « Parfois on s’identifie aux
souffrants, ça alourdit notre charge mentale ». Peu d’espaces existent pour que les infirmiers puissent
eux-mêmes exprimer leur propre mal-être. Au sein des services l’ambiance est morose et le
sentiment d’impuissance s’impose. Entre les situations accablantes, les explications aux familles et
les annonces de décès, le moral en pâtit. « Parfois les larmes montent aux yeux. On essaye d’en
parler entre nous, de faire du nettoyage émotionnel ».
Dans des cas exceptionnels, une cabine de psychologie spécialisée peut venir en aide aux infirmiers.
Après des situations extrêmement choquantes pouvant provoquer de puissants chocs émotionnels,
l’hôpital prend en charge des séances de consultation pour les infirmiers. Mais elles sont des
occasions bien trop rares et violentes selon Chloé et Mélanie. Une situation que le corps infirmier
déplore. Certains réclament un suivi psychologique plus rigoureux





